13.06.2008
Petite histoire de la littérature polonaise contemporaine
Mon but est de vous présenter un peu ce sur quoi je travaille. En utilisant une partie de l'introduction de mon mémoire, je voudrais dresser un petit panorama de l'histoire littéraire polonaise après la chute du communisme.
Le monde littéraire polonais des années 1990 est parcouru de nombreux courants, il paraît séduit par le postmodernisme occidental qui semble pouvoir apporter des réponses nouvelles aux défis que doit affronter la littérature. Mais, le postmodernisme à la polonaise présente une synthèse des tendances postmodernes occidentales, tout en conservant un caractère national propre, ce qui tient sans doute à la concomitance en Pologne du postcommunisme et du postmodernisme.
Le postmodernisme représente une césure avec le passé mais cela ne signifie qu'il y a une rupture avec l'histoire, plutôt une façon nouvelle de la penser et de l’évoquer. Ainsi dans les années 1990, apparaissent quelques ouvrages qui allient recherche littéraire et sujets difficiles de l’histoire, comme le passé polono juif avec Tworki de Marek Bienczyk en 1999 ou comme le sort des prisonniers polonais du Goulag dans Neiges bleues (Błekitne śniegi) de Piotr Bednarski en 1996. La prose polonaise cherche à la fois à garder le souvenir d'un passé douloureux, mais aussi à montrer les mécanismes de l'histoire dans une réflexion littéraire qui permet de se rendre compte que l'histoire n'est pas finie et qu'elle ne se déroule pas toute seule, bien au contraire, elle continue à se transformer, façonnées par les différentes formes que nous lui donnons.
Par ailleurs, certaines œuvres des années 1990 reviennent aussi sur l’image, voire l’archétype du polonais. Cette réflexion s’attaque notamment à l’émigration polonaise tant culturelle qu’économique. Ces romans présentent la figure d’un héros déraciné, non pas uniquement à cause de son émigration mais aussi à cause d’un détachement vis-à-vis des racines, quelles qu'elles soient : patriotiques, religieuses, liées aux traditions ou même à la langue. Ces personnages déracinés ont choisi d'être étrangers par rapport à leurs origines et aussi par rapport à leur nouveau lieu de résidence. On les retrouve dans les œuvres d’Izabela Filipiak ou de Manuela Gretkowska, notamment Nous sommes tous des émigrés (My zdies' emigranty, 1991) et Le Tarot de Paris, (Tarot paryski, 1993). Certains romans s’attaquent aussi aux mythes de la conscience polonaise des années 1980, dans La liste des femmes adultères, (Spis cudzołożnic, 1993), Jerzy Pilch montre le caractère tragique et en même temps grotesque d’une vie déchirée entre de nobles aspirations patriotiques et héroïques, et la réalité matérielle d’un quotidien très terre-à-terre.
La déconstruction des images mythiques traditionnelles de la Pologne laisse aussi la place à la construction de nouveaux mythes liés aux lieux du passé et notamment à l’enfance. Très souvent ces romans font référence à une contrée mythique que l'auteur avait gardée dans ses souvenirs d'enfance idéalisés, ou bien qu’il avait imaginée en écoutant les récits de ses grands-parents. Ainsi se dessine le portrait d’une autre époque, évoquant certaines régions de Pologne, où s’entremêlent passé et présent, réalité et construction littéraire. La ville de Gdańsk est très emblématique de ce courant, elle est présente chez Stefan Chwin dans Krótka historia pewnego żartu (1991) et Haneman (1995) et chez Pawel Huelle avec Weiser Dawidek (1987) et Rue Polanki et autres nouvelles (Pierwsza miłość i inne opowiadania, 1996). On trouve également des récits évoquant Wrocław chez Andrzej Zawada, ou bien des villages parsemés dans la région montagneuse de Beskidy auxquels se réfère Andrzej Stasiuk dans les Contes de Galicie (Opowieści galicyjskie, 1995), mais aussi Prawiek, le village imaginé par Olga Tokarczuk dans Dieu, le temps, les hommes et les anges (le titre original étant Prawiek i inne czasy, 1996), ou finalement la ville de Sandomierz déguisée par Wiesław Myśliwski dans son roman Widnokrąg (1996). En outre, ce retour vers le passé à travers l'écriture romanesque s’accompagne également de recherches sur la forme littéraire elle-même.
La prochaine édition de la petite histoire littéraire de Julie portera certainement sur Magdalena Tulli, l'écrivaine sur laquelle j'écris mon mémoire, qui est un parfait exemple de ces recherches sur la forme littéraire.
23:13 Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : littérature, pologne
12.06.2008
La mort n'est certainement pas mon métier
Pour cette deuxième note, je ne voudrais pas trop disserter sur la métaphysique mais, les dates s'y pretant, je ressens le besoin de parler de la mort. Il est bien sûr hors de question de tomber dans le pathos ou dans les clichés qu'on entend à longueur de journée. Ce qui m'intéresse ici c'est la façon dont l'art est nourri par ce thème.
Dans un registre léger donc, la série Dead like me présente une façon vraiment très intéressante d'aborder le thème de la mort. Dans la veine de son prédécesseur, Six feet under, cette série aborde la vie de personnages dont le "travail" est lié à la mort.
Pour résumer rapidement l'intrigue, on peut dire que Dead like me met en scène la vie, enfin plutôt l'après-vie de Georgia Lass, dite George, une jeune femme de 18 ans qui est morte, écrasée par la chute de la lunette des toilettes de la station MIR. Elle devient alors membre du groupe des « faucheurs d'âme » (Grim reapers). Morte sans vraiment l'être, elle a maintenant pour mission de recueillir l'âme des humains au moment de leur mort. On voit ainsi comment George tente de se faire à sa nouvelle "vie" et au travail qu'elle doit accomplir avec ses collègues mais aussi, comment sa famille complètement perdue tente de surmonter son décès.
L'intérêt principal de la série réside dans son humour complètement décalé qui touche en premier lieu les circonstances de la mort de l'héroine. Dead like me prouve que l'on peut traiter d'un thème grave avec une certaine distance comique mais sans tomber dans un cynisme totalement grinçant. Le meilleur exemple de ce décalage et de cette certaine légéreté qui font sourire, reste le générique de début qui est pour moi certainement l'un des meilleurs génériques de série.
Je terminerai sur une note plus littérataire mais aussi plus sombre. Ce poème ne me quitte pas, surtout en ce moment et il semble approprié pour évoquer la fin d'une vie et les adieux qu'elle entraîne bien souvent. Je vous laisse sur ces quelques vers très célèbres, extraits de Siramour de Robert Desnos.
Tu diras au revoir pour moi à la petite fille du pont
à la petite fille qui chante de si jolies chansons
à mon ami de toujours que j’ai négligé
à ma première maîtresse
à ceux qui connurent celle que tu sais
à mes vrais amis et tu les reconnaîtras aisément
à mon épée de verre
à ma sirène de cire
à mes monstres à mon lit
quant à toi que j’aime plus que tout au monde
je ne te dis pas encore au revoir
je te reverrai
Mais j’ai peur de n’avoir plus longtemps à te voir.
Robert Desnos, extrait de Siramour, Fortunes, 1942.
01:11 Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : série, littérature
06.06.2008
Willkommen, bienvenue, welcome!
Willkommen, bienvenue, welcome!
Fremde, etranger, stranger.
Glücklich zu sehen, je suis enchanté...
Puisqu'il faut bien se lancer un jour, utilisons les paroles de la chanson phare de Cabaret pour vous souhaiter la bienvenue dans cet espace qui se veut impertinent et intelligent, si possible. Je ne sais pas encore avec précision ce que va devenir cette maison de poupées mais elle sera certainement l'hôte d'éléments disparates et, je l'espère, intéressants.
On y trouvera sans doute beaucoup de photos, des évocations de mes voyages effectués ou rêvés, des listes de films et de livres que j'affectionne et quelques textes en fonction de l'esprit du moment. Risquent de se cotoyer littérature, conseils maquillages, critiques de films ou de spectacles, inspirations déco et qui sait quoi d'autre encore...
Avec un peu de chance, on devrait parler ici d'Europe Centrale et de Pologne en particulier, pays si cher à mon coeur qui est quand même mon domaine de spécialité. D'ailleurs, pour les curieux et pour les autres, lalka signifie la poupée en polonais mais les choses étant toujours un peu plus compliquées que ce qu'elles paraissent, Lalka est aussi le titre d'un roman très connu en Pologne écrit au XIXe siècle par Boleslaw Prus.
Voilà pour la présentation et les perspectives de mon blog patchwork rédigé dans un esprit de foisonnement qui n'aurait pas déplu aux Baroques. Je me souhaite d'avoir quelques lecteurs et je vous souhaite d'apprécier le contenu de mon humble maison de poupées.

00:02 Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : littérature, pologne


































